|
View the h-africa Discussion Logs by month
View the Prior Message in h-africa's March 2002 logs by: [date] [author] [thread] View the Next Message in h-africa's March 2002 logs by: [date] [author] [thread] Visit the h-africa home page.
<achillembembe@hotmail.com>
Il y a quelques mois, j'avais attire l'attention sur le
caractere farfelu de l'exercice qui a conduit a la
selection de ces livres. Je m'etonnais, en
particulier, de la non-representativite linguistique du
panel en charge de ce projet, dans un continent,
veritable Tour de Babel, mais ou tres peu
d'universitaires peuvent lire un texte dans plus d'une
langue. Comme toujours, dans ce genre de
situations, les chiens aboient tandis que la caravane
continue son chemin ! Au bout du compte, le ridicule
nous rattrape : ainsi en est-il de la presence, dans le
communique final, de fautes d'orthographe sur les
titres francophones (cas de Mariama Ba et d'Assia
Djebar). L'ouvrage classique de Cheikh Anta Diop est
repris, non pas dans son titre original francais, mais
dans sa traduction anglaise !
La verite est qu'il n'y a guere de site plus
constitutif de la pluralite culturelle de l'Afrique que
celui de la langue. Qu'elles soient autochtones
(lingala, wolof, hausa) ou qu'elles soient le resultat
de la colonisation (francais, portuguais, anglais), les
langues sont en meme temps les vecteurs privilegies
d'expression de ce pluralisme. Les langues nees de la
colonisation en particulier ont fait l'objet d'une
assimilation creative qui, dans le cas du francais par
exemple, les a transforme en objets d'art : une maniere
d'esthetique.
Or, faute d'etre bilingue, nombre d'universitaires qui
souvent pretendent "parler au nom de l'Afrique" vivent
et ecrivent dans l'ignorance totale des traditions
intellectuelles de ces autres parties du continent ou
l'on parle des langues differentes. Pour avoir dirige
une institution continentale de recherche dans le
domaine des sciences sociales, j'ai pu vivre et
observer de pres l'absurdite de cette situation. Le
probleme est plus grave que l'on ne l'admet
generalement. "Panafricanisme" oblige, l'on continue de
vivre dans le deni ! De nombreux ouvrages ecrits par
des Africains ne faisant guere l'objet de traductions,
de veritables "couloirs de l'ignorance" se sont crees
et se sont cristallises au cours des cinquante
dernieres annees.
Tel etant le cas, quel credit peut-on veritablement
accorder au travail d'un panel appele a juger de la
validite d'une "ecriture" multilingue, mais dont la
majorite des membres, enfermee dans le mur de
l'ignorance qu'est le handicap linguistique, ne sait
"lire" que dans sa langue d'origine ?
|