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Chers Collègues, Cette recension, par M. Adeyinka Makindé, de l'ouvrage de P. Benson, sur Battling Siki, a été publiée en anglais sur H-West-Africa. Nous remercions à nouveau l'auteur de nous avoir aimablement autorisé à publier son texte, et également M. Ousmane Sène, Directeur du Warc, pour en avoir assuré la traduction. Cherles Becker ------------- Compte rendu de lecture : Adeyinka Makindé sur Peter Benson, Battling Siki - A Tale of Ring Fixes, Race and Murder in the 1920s (Arkansas University Press, 2006) (Battling Siki : un récit de trucages de combats, de préjugés raciaux et de meurtre dans les années 20) La chose écrite est un outil d'une puissance extraordinaire. Elle a, en effet, la capacité de faire ou de défaire les réputations des morts autant que des vivants. Mais s'il y a la moindre once de vérité dans l'adage cynique selon lequel les historiens jouissent d'un pouvoir dont même les dieux ne sauraient se prévaloir - à savoir le pouvoir de gommer ou d'altérer les faits - , alors il faudrait peut -être aussi convenir que ces même historiens sont aussi investis du pouvoir de remédier aux distorsions et aux mutations du passé. C'est là le défi qu'a su relever un universitaire américain, Peter Benson, dans l'ouvrage qu'il vient de publier sur le premier africain à s'emparer du titre mondial de boxe dans les années 20, Battling Siki. Né sous le nom de Amadou Mbarick Fall dans une famille Wolof de la colonie du Sénégal à l'époque de l'Afrique Occidentale Française, Siki a ré-écrit l'histoire à la suite de la défaite cuisante qu'il a infligée au champion des poids mi-lourds George Carpentier en 1922. Son nom allait continuer de faire la une des journaux pendant les trois années qui lui restaient à vivre après cette victoire. A cet égard beaucoup d'article écrits à l'époque ont eu le mérite de lui rendre justice, mais beaucoup d'autres n'ont été que de simples falsifications des faits. L'histoire de Siki telle que décrite par les journalistes de son époque et reprise pendant des décennies par des essayistes constitue, sans doute, l'une des plus grandes et des plus inquiétantes falsifications dans les annales du sport. L'opinion communément admise à cette période faisait passer Siki comme « un enfant de la jungle », un écervelé et un interlope barbare incapable d'assimiler et de s'adapter à un environnement « civilisé ». Après tout, c'est cet homme qui a voulu défendre son titre en Irlande le jour de la Saint Patrick (une des plus grandes fêtes religieuses dans ce pays) et a proprement perdu. Le même homme qui n'a pu venir à bout de Carpentier qu'à la suite d'une explosion de furie primitive. Un homme porté sur l'alcool à l'excès et qui, du fait de sa brutalité bestiale, a été l'artisan de sa propre mort en ce lieu mal famé de New York appelé Hells Kitchen (La Cuisine de l'enfer) en 1925. Mais les recherches menées par le Professeur Benson battent tout cela en brèche. Loin d'être cet « enfant de la jungle » sans éducation ni bonne manière, Siki était un homme qui maniait avec aisance plusieurs langues dont le Français, le Hollandais et l'Anglais. Et, loin d 'être le pitre naïf qui a eu la malencontreuse idée de mettre son titre en jeu en Irlande le jour de la Saint Patrick, Benson dépeint plutôt Siki comme un pugiliste en quête d'une bourse bien nantie en espèces sonnantes et trébuchantes qui ne lui ont jamais été payées après sa victoire sur Carpentier. En effet, l'incursion de Siki dans les quartiers troubles et dangereux de l'Etat Libre d'Irlande nouvellement indépendant a été le résultat des conditions difficiles et désespérées auxquelles il était réduit du fait de la montée des préjugés raciaux qui lui interdisaient d'engager des combats sur le continent Européen ou le sol britannique. L'¦uvre de Benson confirme aussi, sans le moindre doute, que la destruction apparemment soudaine de l' « Homme Orchidée » par Siki n'était pas le fait de la chance ou du hasard mais la conséquence de la décision de Siki d'ignorer royalement la combine qui avait été montée pour assurer la victoire à Carpentier. Lorsqu'il s'est retrouvé en Amérique après sa défaite face à Mike McTigue, l'impression dans le milieu de la boxe outre-atlantique était que la réputation de Siki était surfaite surtout après les victoires aux points de Kid Norfolk et de l'étoile montante du ring Paul Barlenbach. Mais, la réalité était plutôt que la carrière de Siki était en éclipse non pas à cause d'insuffisances chez le boxeur mais plutôt du fait de l'incompétence notoire de son manager américain. A l'évidence, Siki a eu sa part de responsabilité dans sa propre déchéance. Il aimait faire la fête et souvent manquait d'entraînement mais il faut dire aussi qu'il n'avait pas seulement que du talent inné pour avoir fait son apprentissage dans les salles d'entraînement de Marseille alors qu'il était à peine adolescent. Il était un fin technicien avec un penchant pour le bagout et la grande rhétorique d'un Muhammed Ali ce qui à son époque était perçu à tort comme une manifestation de ses instincts primitifs. Il était d'un courage à toute épreuve, un soldat remarquable qui s'est vu décorer de la Croix de Guerre et de la Médaille Militaire pour avoir bravé les épreuves des batailles de tranchées en France, en Turquie et en Roumanie. Mais, alors qu'il a réussi à survivre dans une guerre où des dizaines de milliers de ses concitoyens sénégalais ont sacrifié leurs vies pour défendre la cause de l'Empire Français, Siki n'a malheureusement pas su éviter une fin brutale qui , selon les arguments percutants du Professeur Peter Benson, a certainement été l'¦uvre des coupe-gorge de la Cuisine de l'Enfer à New York qui ont sans doute commandité son meurtre pour faire payer à Siki son refus de truquer un ou plusieurs combats. Le livre de Peter Benson a de quoi forcer l'admiration du lecteur ne serait-ce que par la profondeur de l'analyse et des recherches ainsi que par le style éloquent et engageant. Un rappel - et non pas une critique majeure - pourrait être fait à l'auteur lorsqu'il évoque le « Tonnerre dans la Jungle », c'est à dire le combat de Muhammad Ali et de George Foreman en 1974 et note que c'était la première fois qu'un derby de cette envergure se déroulait en Afrique. En effet, cet honneur revient plutôt au grand combat organisé onze années plus tôt à Ibadan entre le nigérian Dick Tiger et l'américain Gene Fullmer. Cette petite erreur n'est cependant qu'une faute bien mineure au regard de l'autorité que fait ce livre dans la littérature consacrée à la boxe. Le grand mérite de Peter Benson est d'avoir remis en cause les interprétations et les idées fausses du passé pour enfin jeter la lumière dans un labyrinthe dense et obscur où se mêlent falsifications et mystifications, inconscientes ou délibérées, sur la vie et le sens de l'itinéraire de l'homme Louis Mbarick Fall, le champion de boxe Battling Siki. Compte rendu de lecture publié en anglais par Adeyinka Makindé le 12 - 07- 06 et traduit par Ousamne Sène, Directeur du WARC
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