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Bonjour, Voici un échange sur H-France auquel j'ai participé, et où les Clionautes reconnaîtrons certains points débattus sur la liste. 1) je résume les messages précédents. H-France est une liste de spécialistes de l'histoire de France, principalement américains, bilingue et modérée (je ne parle pas des opinions émises, je veux dire que l'on passe par un modérateur) L'un des participants ayant constaté que le mot "science" avait des significations variées en français, a fait un appel à explications. Les réponses ont été historiques et très documentées, de la théologie au "savoir" en général, avec l'ambiguïté classique concernant les sciences humaines, à la quelle les Américains échappent largement en qualifiant "d'universitaire" (scholar) le fait d'être rigoureux et de s'appuyer sur des citations, pour le distinguer de "scientifique", qui est plutôt "sciences dures". Un intervenant précise même que les Français auraient qualifié au XIXè siècle de "scientifique" cette attitude "universitaire" dans le cadre du positivisme, afin de renforcer l'autorité des sciences humaines face au catholicisme. 2. A ce stade, le sujet ayant été bien défriché, j'ai illustré mon accord par le message ci-dessous, en "poussant le bouchon plus loin". "Puisque des collègues ont déjà donné des réponses détaillées et érudites, je peux me permettre d'être un peu plus polémique. Ma première formation est celle d'un ingénieur, c'est-à-dire, en France, beaucoup de mathématiques, de physique et de chimie. Pour moi, la science c'est donc : - soit la suite "définition, raisonnement, conclusion" (souvent un théorème), ce qui fait avancer les certitudes, et on repart de même pour une nouvelle progression. - soit des expérimentations successives en ne faisant varier qu'un seul paramètre à la fois, et à partir de données mesurables (qualité qui existe rarement en « sciences » humaines). Dans le cas de la médecine, qui est à la limite de la science, l'expérimentation doit porter sur un très grand nombre de cas, et en « double aveugle » pour éviter toute interprétation humaine. A partir de là, ayant continué ma carrière dans les sciences humaines, j'ai vite constaté que ce mot de « science » était utilisé pour "faire sérieux" et n'avait pas grand-chose à voir avec ce que je connaissais. On pourrait reprendre point par point ce qui est dit ci-dessus pour constater que l'on est dans un contexte tout à fait différent. Les définitions varient souvent d'un auteur à l'autre (par exemple, la définition de « mariage » varie dans le temps et dans l'espace : dans certains pays, sa définition juridique perd de sa pertinence). Surtout, on ne peut pas arrêter le temps et revenir en arrière pour rejouer une situation historique, humaine ou économique avec tous les paramètres inchangés saufs un. L'un des moyens pour « jouer à la science » est de remplir le texte de formules mathématiques, mais un examen attentif montre que souvent ces formules apportent moins qu'une expression rigoureuse en français, voire évitent de préciser des idées (alors que leur usage est censé avoir le but inverse). En démographie ou en économie, un usage massif des corrélations donne une impression de sérieux alors que le nombre insuffisant de données non seulement enlève toute valeur mathématique à l'exercice, mais aurait permis une expression en langue courante. En histoire et géographie, il est apparu que finalement « scientifique » signifiait "citer des livres ou articles déjà publiés". Pourquoi pas ? Mais on est alors est très loin du sens premier du terme. On pourrait continuer indéfiniment. Certes comme la écrit un collègue, le mot science avait un sens très général, celui de « savoir ». Mais ce n'est visiblement pas cette signification qui est revendiquée en "sciences humaines" : il s'agit seulement de donner l'impression de la solidité qui est celle des sciences dures. Bref c'est « l'hommage du vice à la vertu ». Il serait plus honnête et plus fécond de partir de "l'incertitude du savoir". Bien sûr il y a des exceptions. Certains acteurs des sciences dures ne sont pas irréprochables ou peuvent avoir l'esprit biaisé par tel défaut très humain ; certains acteurs des sciences « molles » peuvent allier un contexte mesurable et un esprit de rigueur pour obtenir des résultats solides, notamment s'agissant de données en nombre très important (économie, démographie) dont la définition est simple et indiscutable (naissances ou décès, par exemple, mais là, c'est la qualité de la collecte qui peut être imparfaite). Mais pour lancer une bonne polémique, il ne faut pas être trop nuancé. Bien cordialement Yves Montenay ... La liste: http://www.h-net.org/~francais/ L'association : http://www.clionautes.org
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