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castes et esclavage au Sahel musulman, 31 mai 2013 ------------- Rappel: Appel à communications pour la journée d¹études Relations, dispositifs, histoires : castes et esclavage au Sahel musulman 31 mai 2013 CEAf (EHESS-IRD), IISMM (EHESS) Les sociétés du Sahel musulman, du Sénégal au Soudan, connaissent des hiérarchies sociales complexes liées aux castes et à l¹esclavage qui sont encore mal comprises. La réponse la plus courante face à cette complexité a été de créer des catégories taxinomiques. De nombreux travaux d¹histoire et d¹anthropologie décrivent ces catégories sociales comme divisant la société en groupes statutaires, héréditaires et endogames : aux rubriques nationalités, races, ethnies sŒajoutent ainsi celles d¹homme libre, noble, gens-de-caste, esclaveŠ Ce paradigme centré sur la morphologie sociale, l¹identité des groupes et l¹origine des personnes est problématique. En effet, ces hiérarchies semblent défier toute volonté taxinomique. Parfois sourdes et invisibles, les catégories hiérarchiques ne sont pas systématiquement exclusives les unes des autres, mais, au contraire, s¹entrecroisent, souvent partiellement. De plus, si les hiérarchies de caste et d¹esclavage sont fondamentales dans cette région pour comprendre la dynamique des faits sociaux (p. ex. le rôle des griots dans le Sahel Occidental) et politiques (p. ex. l¹indépendance du Sud-Soudan et l¹esclavage), elles se combinent à des principes égalitaires, en particulier sur le plan de l¹islam (égalité entre les croyants en tant qu¹esclaves de Dieu). Enfin, ces hiérarchies ne se manifestent pas de façon uniforme dans les différents contextes de la vie sociale. Ainsi, les stigmas liés à l¹esclavage ou à la prise de parole d¹un griot sont opératoires dans certains types de relations et non dans d¹autres. Nous proposons dans cette journée d¹étude d¹essayer de rendre compte des relations de caste et d¹esclavage en partant de leur complexité et des contradictions sur lesquelles bute l¹analyse. Trois thèmes sont proposés à la discussion. Relations Nous souhaiterions tout d¹abord discuter l¹idée selon laquelle, dans les sociétés du Sahel musulman, les castes ou les esclaves ne sont pas des groupes définis en soi et dotés d¹une identité donnée. Nous faisons l¹hypothèse contraire en suggérant de les considérer comme des entités qui n¹ont du sens et n¹existent que par leur relationnalité, comme des termes qui traduisent des relations hiérarchiques (p. ex. libres-esclaves). Ces relations s¹expriment notamment à travers un ensemble de valeurs collectives archétypiques (négatives ou positives) qui se manifestent dans de nombreux domaines de la vie sociale, qu¹il s¹agisse de la politique, des rituels des âges de la vie (p. ex. le rôle du griot dans les mariages), de la parentéŠ Pour comprendre ces relations hiérarchiques, il faut ainsi parvenir à rendre compte de ces valeurs et à les articuler dans l¹analyse avec le sens et les interprétations, variables selon les personnes et les contextes considérés, de la distinction entre ces catégories. Par ailleurs, les termes qui désignent les relations de caste et d¹esclavage sont rarement univoques. Par exemple, dans la langue wolof, le terme « esclave » (jaam) intervient à la fois dans la relation entre homme libre et esclave et dans la relation de parenté entre cousins croisés (il désigne les enfants de la tante paternelle). Il qualifie en outre de nombreuses relations d¹autorité : la relation d¹une épouse à son mari, d¹un disciple à son cheikh, etc. Pour comprendre les significations complexes de ces relations et des termes qui les décrivent, l¹analyse doit donc aussi considérer l¹ensemble des occurrences possibles dans les différents registres de la vie sociale sans en privilégier aucune a priori. Dispositifs Pour cela, nous proposons de chercher à comprendre les configurations et les contextes (aussi bien politiques, rituelles ou quotidiennes) dans lesquels les relations d¹esclavage ou de caste font sens et sont opératoires. Le c¦ur de notre enquête est ainsi d¹explorer les dispositifs dans lesquels se manifestent et se reproduisent ces relations hiérarchiques. Ces dispositifs sont de nature très différente. Il peut s¹agir de dispositifs étatiques. Un exemple est celui des institutions éducatives mises en place par l¹état colonial. Dans beaucoup de contextes, l¹état s¹est appuyé sur une taxonomie sociale pour recruter ses agents dans certains groupes plutôt que dans d¹autres en les définissant comme plus Œadaptés¹ au travail intellectuel. Mais il peut tout aussi bien s¹agir d¹institutions sociales, qu¹il s¹agisse des rituels musulmans, des cérémonies des âges de la vie, de la parenté et du mariage, de la danse, des discours publicsŠ Autrement dit, ces relations et ces dispositifs ne se comprennent pas nécessairement en relation aux faits politiques. Les questions se posent donc ici à plusieurs niveaux. De quelle manière et dans quelle mesure certaines relations sont venues à avoir une signification politique et comment comprendre celles qui n¹en ont pas ? Selon quels processus et grâce à quels dispositifs ces relations ont pris la forme de catégories identitaire et sont devenues opératoires comme telles ? On peut notamment se demander si et comment les politiques coloniales et postcoloniales ont contribué à substantifier certaines catégories et en forger une problématisation moniste, rigide et univoque (p. ex. pour le Sahel occidental, la tripartition Nobles-Gens-de-casteEsclaves). Histoires Si les castes et l¹esclavage sont des phénomènes extrêmement anciens dans cette région, la dynamique historique et la mutabilité des configurations restent encore à être comprises. Tout d¹abord, il existe une mobilité des individus ou des familles au sein de ces hiérarchies sociales. Mais, surtout, le sens des relations hiérarchiques a évolué. Par exemple, si les relations d¹esclavages persistent, le statut relativement valorisé des esclaves-soldats soudanais du 19e siècle a peu de choses à voir avec la stigmatisation liée à l¹esclavage lors de la colonisation, cinquante ans plus tard. Le point est donc de comprendre comment les contextes historiques, politiques et sociaux ont transformé ces relations, et donc le sens même attribué à ces catégories. Enfin, les systèmes de catégories se sont eux-mêmes transformés. Il s¹agit donc de rendre compte de la dynamique de configurations locales données : des groupes disparaissent ou sont remplacés par d¹autres , certaines catégories changent de nature suivant les contextes; ou encore, certaines fonctions ou activités sont de moins en moins liées à une problématique statutaire (p. ex. La pratique de la musique ou certaines danses ne sont plus nécessairement l¹apanage des griots et sont reconnues en partie comme des formes artistiques). Elena Vezzadini et Ismaël Moya invitent les chercheurs intéressés à envoyer avant le 15 mars 2013, un résumé de la contribution proposée (une page maximum) accompagné d¹une bibliographie aux adresses suivantes : Ismaël MOYA : moya.ismael@gmail.com Elena VEZZADINI : elenavezz@gmail.com Voir aussi: http://calenda.org/238845
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