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Chère Collègue, Je suppose que vous lisez le français, et vous réponds donc en français. Il est possible de tenter une traduction, mais je n'ai pas le temps de le faire de suite. J'ai vérifié l'un des "anciens" ouvrages ethnographiques sur les Lébou - celui de Balandier et Mercier (Balandier Georges, Mercier Paul, Particularisme et évolution. Les pêcheurs Lébou du Sénégal (Études sénégalaises n°3). Saint-Louis, Centre IFAN, 1952) : je n'y ai rien trouvé sur le tatouage gingival et il y a d'ailleurs vraiment très peu de choses sur les femmes elles-mêmes, alors qu'il y en a pas mal sur la sexualité par ailleurs. Parmi les études et ouvrages sur les Lébous, j'ai trouvé seulement une référence dans une maîtrise très intéressante en ethnologie, de Virginie Tremsal-Guèye (Tremsal-Guèye Virginie, Les représentations du corps et la notion de personne chez les Lébou du Sénégal. Mémoire de maîtrise d'Ethnologie (Anthropologie Médicale). Nanterre, Université Paris X - Nanterre, 1997, 220 p.) qui évoque le tatouage gingival. Je vous en ai scanné le texte français qui se trouve à la page 59. Parmi les collectes effectuées par les archives culturelles du Sénégal dans les années 1960 et au début de 1970, j'ai trouvé la mention de documents visuels et audiovisuels, sur les Wolof du Walo aux environs de Saint-Louis : Archives culturelles du Sénégal, Catalogue des collections audiovisuelles du 20-7-67 au 9-2-68, n°1. Dakar, ACS, 1971 (enregistrement sur les cérémonies chez les Wolof du Walo). On y trouve pour les Lébou deux séries de documents de ce type sur les cérémonies de tatouage à Dakar-Hann et à Thiaroye : Archives culturelles du Sénégal, Catalogue des collections audiovisuelles du 1-1-70 au 31-12-70 n°3. Dakar, ACS, 1968 (enregistrements, photos sur les cérémonies chez les Lébou). La Direction du Patrimoine historique classé dispose, je crois, de ces documents anciens et les a sauvegardés sur un format numérique, comme cela a fait pour les autres documents de ces collections des années 60-70. Il est connu au Sénégal que le tatouage gingival se pratique chez les Wolof, les Serer et les Halpoular (dits Peul et Toucouleur au Sénégal). Un roman de Ken Bugul raconte l'histoire d'une fille devenue folle après avoir fui durant l'épreuve du tatouage qui est décrite avec beaucoup de détails. Je me souviens aussi d'un film d'Ababacar Samb Makharam, Codou, que j'ai vu il y a un bon nombre d'années qui raconte l'histoire d 'une jeune fille qui "décide de se faire tatouer les lèvres pour être comme ses amies. Mais le jour de l'épreuve elle s'enfuit avant la fin de la cérémonie. Elle offusque ainsi les traditions séculaires du village..." Je voudrais vous signaler surtout qu'au Sénégal, en particulier, où le tatouage est assez répandu, diverses études et des thèses de médecine en particulier ont été consacrées à cette pratique, dans le cadre de la réflexion sur les risques de transmission du VIH-Sida. Moi-même j'ai participé à une étude sur la vallée du Sénégal, chez les Toucouleur (MBAYE Abdoulaye, MBAYE Ngagne, MBAYE Ismaïla, SENE Massamba, BECKER Charles, Sida et pratiques traditionnelles au Sénégal. Rapport final de l'enquête sur le tatouage gingival dans la région de Podor, Dakar, Terre des Hommes, 1997n 46 p.). Cordialement Charles Becker CNRS-Centre d'Etudes Africaines http://lodel.ehess.fr/ceaf/document.php?id=115 Réseau sénégalais "Droit, éthique, santé" http://www.refer.sn/rds Editor/Editeur H-West-Africa http://www.h-net.org/~wafrica ------------------- Amitié 3 n°4327 B.P. 5598 Dakar-Fann Sénégal Tél. 00 (221) 824 69 55 / 824 10 73 / 402 08 48 couriel : beckerleschar@sentoo.sn --------- Virginie Tremsal-Guèye (Tremsal-Guèye Virginie, Les représentations du corps et la notion de personne chez les Lébou du Sénégal., p. 59. « Les filles arrivées en âge de se marier se font tatouer les gencives pour des raisons d'esthétique. Cette pratique est une épreuve de courage qui démontre la force de la femme et sa volonté de s'afficher comme une jongoma (femme élégante). Le tatouage autrefois effectué avec des épines d'arbre, se fait aujourd'hui à l'aide d'aiguilles à coudre (attachées par quinze), et l'encre noire (pimpi) est issue d'arachides brûlées ou de la suie des marmites. Pour encourager la femme à ne pas s'enfuir, des chants et des tambours accompagnaient autrefois ce passage. Il existe encore quelques rares familles qui pratiquent le rite traditionnel, mais il est très rare que cela se fasse avec des tambours. Cette pratique tend à disparaître, remplacée par celle du xeesal qui est un blanchissement de la peau à l'aide de cosmétiques (qui entraîne souvent de graves maladies de peau), comme le rapporte Henriette Seck une ancienne danseuse de Jokkul Kao (Rufisque). On chantait : « Yaay Fato njam wàllanganoo, man sama jiir je njamala nga am, aayé, njamala nga am (bis). Maa ne ci kao ak ñi ci suul, népp yaw lanuy xool. Boo bëggee lu la noppal melal ni kuy dem laaxira - yaay - Addiyoo, jaalumbe, addiyoo. Ne ko pël ba, ne na yéegam gune i olof ne njamtaan. / ndeke njam tàngna yaay » . Approximativement, on peut traduire ce chant selon l'idée que « le tatouage a commencé de ruisseler, ceux qui sont en haut comme ceux qui sont en bas te regardent. Si tu veux être tranquille, fais comme si tu allais mourir - Mère - Le Peul pleure de lamentations en voyant cela mais l'enfant Wolof dit njaamraan (salutation en alpuular qui rappelle njam = tatouage). Mère, le tatouage, c'est dur (= c'est chaud) ». Un autre chant est révélateur du rapprochement symbolique qu'il existait chez les Lébou entre le tatouage des lèvres et la circoncision des garçons, tandis que l'accouchement apparaît lui aussi comme un rite de passage au même titre que les deux autres : « Aram jamu daw, baay ba jongo daw, ndey ja wasin doxat, Aram yaa ñàkk jom, Aram (bis) » = « Aram a couru quand elle s'est fait tatouer les gencives, son père a couru lorsqu'il s'est fait circoncire, sa mère pétait à l'accouchement, Aram tu n'as pas d'honneur, Aram ». Ce chant, servait à humilier les filles qui craignaient la douleur et s'enfuyaient, il rappelle que c'est du caractère des parents que les Lébou héritent à travers leur éducation. Un autre chant encore servait à donner du courage à la jeune fille : « Yaay timm (ter), su ma naree daw de, yallna fa dees. Su ma naree jamu de, yallnafa yéem ». = Maman, penches-toi (au-dessus de moi), si j'ai envie de m'enfuir, que je meurs là-bas. si j'ai envie de me faire tatouer, que j'y reste (que j'y meure) ».
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