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Sent: Tuesday, July 05, 2005 4:25 PM Chers collegues, La communauté des historiens du Sénégal est très durement touchée par le décès du Professeur Mbaye Gueye, ce lundi, dont elle fait part aux membres de H-West-Africa et de H-Africa. Que la terre de Touba soit légère à notre collègue et ami ! Charles Becker CNRS-Centre d'Etudes Africaines Editor/Editeur H-West-Africa http://www.h-net.org/~wafrica ------------------- Amitié 3 n°4327 B.P. 5598 Dakar-Fann Sénégal Tél. 00 (221) 824 69 55 / 824 10 73 / 695 93 89 couriel : beckerleschar@sentoo.sn ------------- Article paru dans le Soleil de ce mardi Le Soleil 5 juillet 2005 DECES DU Pr MBAYE GUEYE : Le département d'Histoire orphelin Le Pr Mbaye Guèye est décédé avant-hier à Dakar. La nouvelle a été ressentie comme un choc dans le monde universitaire. En effet, l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la Faculté des Lettres, notamment le département d'Histoire sont devenus orphelins. C'est que « le Doyen Guèye » y est assimilé à un totem, puisque tout le corps professoral, notamment la troisième génération a été formée par lui. Il est parti, terrassé par la fatigue, usé par le travail (il souffrait d'arthrose). Près d'une cinquantaine d'années consacrées à l'enseignement, à la formation des hommes, ont eu raison de son corps. En effet, cet enseignant titulaire a longtemps exercé le noble métier. Il était de cette rare espèce qui aimait partager son savoir. Il incarnait la générosité dans le savoir. Disponible, affable, on le retrouvait tous les jours dans son bureau. Il recevait à tout moment et demandait à ses interlocuteurs de parler fort. « Plus de 35 ans d'enseignement avec le micro ont eu raison de mes oreilles », confiait-il. Effectivement, cet enseignant de vocation, né en 1936, donnait des cours au département d'Histoire. Sa spécialité : les mutations qu'ont connues nos sociétés du fait de la traite négrière et de la colonisation. La traite négrière, le Pr aimait bien l'expliquer, notamment aux Américains qui ne comprenaient pas l'implication de nos rois. Pour Mbaye Guèye, cela se comprend quand on analyse bien le système qui ressemble à la mondialisation d'aujourd'hui. Son dernier ouvrage (non encore publié) porte sur « La vie et l'¦uvre de Cheikh Ahmadou Bamba ». Dans cet ouvrage, commandé par la famille, il remonte l'histoire de la descendance, des ancêtres (XVIIe siècle) à Serigne Saliou Mbacké. Rigoureux, il l'était jusqu'à soulever parfois l'ire des étudiants. Sa rigueur, il ne s'en est jamais départi. « Je ne laisserai jamais des étudiants partir sans niveau pour sacrifier les générations futures. Vous me voyez faire cela, moi Mbaye Guèye », répétait-il souvent. C'est la raison pour laquelle il se définissait comme un « tamis ». Avec lui, celui qui passe en classe supérieure sait déjà qu'il a été bien formé, « la bonne graine passe, l'ivraie reste ». Le Pr n'hésitait pas à afficher les fautes « graves » des étudiants pour les inciter, disait-il, à « s'améliorer ». Mbaye Guèye, c'est aussi cet enseignant qui a de bons rapports avec ses étudiants. Il n'aimait pas le dilettantisme, la paresse. Très sociable, il a horreur de la cupidité, de l'hypocrisie, de la mesquinerie. Digne, il l'aura été toute sa vie, même durant sa maladie. À sa famille entière, à ses amis, aux enseignants du département d'Histoire, de la Faculté des Lettres de l'Université, aux étudiants, « le Soleil » présente ses condoléances les plus sincères. Que la terre de Touba lui soit légère. « Une perte pour le Sénégal », selon le Premier ministre La levée du corps a eu lieu hier à 14h 30 à la morgue de l'Hôpital Principal de Dakar. Le gouvernement, fortement représenté, avait à sa tête le Premier ministre, Macky Sall. Parlant au nom du président de la République et du gouvernement, le Premier ministre a qualifié la disparition du Pr Mbaye Guèye de « perte pour le Sénégal ». Reprenant les propos d'Ahmadou Hampaté Bâ, il a comparé le décès à « une bibliothèque qui a brûlé », tout en présentant ses condoléances à la famille éplorée, à l'université et au peuple. Auparavant, les témoignages n'ont pas manqué. Selon Serigne Abou de Touba, le Pr Guèye fut « un croyant, un talibé mouride, un homme de savoir, très proche du Pr Cheikh Anta Diop ». Le Pr Mbaye Guèye fut surtout un « homme bon. Celui-là qui a su supporter toute sa famille », a dit son frère. Ce qui fait dire au doyen Mamadou Kandji qu'il était « l'ami de tous, étudiants comme enseignants ». Une bonté que l'ami et l'élève à la fois, le Pr Iba Der Thiam, n'a pas manqué de magnifier. Dans son témoignage, l'historien a fait un bref parcours du défunt. Mbaye Guèye qui est entré à l'école française en 1944 à Khombole. De là, il passa à Kaolack, puis à Saint-Louis. « De Kaolack à Saint-Louis, nous partagions la même classe. Ensuite, il a été mon professeur », a-t-il dit, très ému. Feu Mbaye Guèye fut un « homme pieux, digne et reconnaissant », a-t-il témoigné. Et Mame Fatim Guèye, ambassadeur Secrétaire général de la Commission nationale pour la Francophonie et fille du défunt, de révéler les derniers mots de son père : « il m'a affirmé avoir pardonné à tous et je demande à tous de le pardonner ». DAOUDA MANÉ
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